Charte

« La victoire sur le monde, c’est notre foi. »

De trois vérités

1— « Intimement convaincu que « omne verum a quocumque dicatur a Spiritu Sancto est » (« toute vérité dite par qui que ce soit vient de l’Esprit Saint »), saint Thomas aima la vérité de manière désintéressée. Il la chercha partout où elle pouvait se manifester, en mettant le plus possible en évidence son universalité. En lui, le Magistère de l’Église a reconnu et apprécié la passion pour la vérité. »1

2— «C’est la foi qui incite la raison à sortir de son isolement et à prendre volontiers des risques pour tout ce qui est beau, bon et vrai. La foi se fait ainsi l’avocat convaincu et convaincant de la raison. »2

3— « Les opinions des fidèles ne peuvent pas être purement et simplement identifiées au sensus fidei. Celui-ci est une propriété de la foi théologale qui, parce qu’elle est un don de Dieu faisant adhérer personnellement à la Vérité, ne peut se tromper. Cette foi personnelle est aussi foi de l’Eglise, puisque Dieu a confié à l’Eglise la garde de la Parole et qu’en conséquence, ce que le fidèle croit, c’est ce que croit l’Eglise. C’est pourquoi le sensus fidei implique, de par sa nature, l’accord profond de l’esprit et du cœur avec l’Eglise, le sentire cum Ecclesia. »3

Ces trois affirmations définissent assez précisément l’esprit dans lequel veut œuvrer la revue « Kephas ». Pour en préciser l’objectif et, par suite, la forme et les modalités de fonctionnement, il convient cependant de dresser en quelques mots un constat qui puisse justifier cette entreprise.

Un triple constat

1 — La confusion actuelle des esprits, ce que le Saint-Père a pu appeler une « profonde crise de la vérité »4, s’accompagne aujourd’hui d’une méconnaissance de la nature de l’Eglise, de son autorité maternelle. Dans l’ordre naturel comme dans l’ordre surnaturel, la vérité suit l’unité, comprise en son sens catholique. C’est premièrement sous cet aspect qu’il faut voir la réalité, si l’on veut contribuer à restaurer l’amour de la vérité dans les intelligences.

2 — Les « tendances » ecclésiales reproduisent trop souvent un schéma dialectique, comme si l’Eglise était une société politique purement humaine, et non l’Eglise du Verbe Incarné, Corps mystique organisé, dont la Tête invisible, le Christ, est rendue visible en la personne du « doux Christ de la terre »5, le Souverain Pontife, et en son « Corps tout entier [qui] reçoit nourriture et cohésion, par les jointures et les ligaments, pour réaliser sa croissance en Dieu » (Col 2, 19).

3 — C’est un fait : les documents du Magistère sont désormais accessibles à tous les medias, avant même que leurs premiers destinataires, y compris souvent les évêques, n’aient pu en prendre connaissance. Une sorte de deuxième magistère, qui a ses propres critères, mondains et indépendants du présupposé de la foi, vient brouiller la réception par tous les fidèles, théologiens ou simples croyants, de l’enseignement de l’Eglise.

Un objectif en trois temps

1 — « Tu es Simon, le fils de Jean : tu t’appelleras Képhas, ce qui veut dire Pierre. » (Jn 1, 42). L’objectif premier est d’aider les chrétiens, prêtres, religieux ou laïcs désireux de progresser dans la « sainteté de l’amour » par la « connaissance conceptuelle » du message de l’Eglise6, à recevoir sans complexe cette lumière dans le rayonnement continu de la Chaire de Pierre. C’est au-dessus de la tombe du pêcheur de Galilée que le pèlerin peut lire : « D’ici une seule foi resplendit sur le monde ; d’ici naît l’unité du sacerdoce », Hinc una fides mundo refulget, hinc unitas sacerdotii exoritur. Cet attachement inclut une adhésion généreuse au service d’unité du ministère de Pierre. Il vit de cette « spiritualité de communion »7, ecclésiale, missionnaire et œcuménique, de l’Orient à l’Occident, dont le Saint-Père a voulu faire la pierre d’angle de son programme d’évangélisation à l’aube du nouveau millénaire.

2 — Le triomphe de la foi qu’évoque la citation scripturaire du sous-titre souligne la fécondité de cette demande de saint Augustin : « Ayez des yeux chrétiens », Christianos oculos habete. La note particulière sera donc l’ « assentiment religieux de la volonté et de l’intelligence […] au magistère authentique du Souverain Pontife, même lorsque celui-ci ne parle pas ex cathedra » (Lumen Gentium n. 25), compris comme une attitude spirituelle de fond, et non seulement intellectuelle, qui fait d’emblée préférer le jugement de l’Eglise au sien propre. La foi cherche à pénétrer, au-delà de ce que le langage peut en dire, dans la réalité ineffable du mystère ; l’espérance assouplit et affermit la volonté ; la charité rend l’âme joyeuse et cordiale. Képhas veut œuvrer dans ce cadre de l’obéissance exacte et libre au Magistère, suivant ce qu’il manifeste de sa volonté d’engager, depuis saint Pierre jusqu’au Pape actuel, de son illustration fidèle et non servile. Ce n’est donc pas assez de dire que ce regard de foi, et de foi vive, doit respecter l’exercice de la raison. Bien plutôt, puisqu’il n’y a pas concurrence, mais interaction féconde, comme le souligne le Saint-Père, « à la parrhèsia de la foi doit correspondre l’audace de la raison. »8

3 — En pratique, la réalisation de cet objectif tourne autour de deux axes majeurs : d’une part transmettre l’enseignement de l’Eglise, et donc réagir éventuellement aux déformations dont il peut être l’objet, spécialement sur les questions plus présentes dans l’actualité, d’autre part, permettre dans cet esprit à divers intervenants de s’exprimer librement sur des questions philosophiques, littéraires, artistiques, scientifiques, éthiques etc.

Une triple règle déontologique : « In necessariis unitas, in dubiis libertas, in omnibus caritas »

« Croire en la possibilité de connaître une vérité universellement valable n’est pas du tout une source d’intolérance ; au contraire, c’est la condition nécessaire pour un dialogue sincère et authentique entre les personnes. C’est seulement à cette condition qu’il est possible de surmonter les divisions et de parcourir ensemble le chemin qui mène à la vérité tout entière, en suivant les sentiers que seul l’Esprit du Seigneur ressuscité connaît. » 9

1 — « In necessariis unitas » : l’unité de la revue, dans son esprit, dans son ton, dans les liens qui unissent les rédacteurs entre eux, ou les rédacteurs aux lecteurs, est donc fondée sur l’unité de foi, et d’une foi vive. Cette unité trouve sa source visible et son régulateur dans le Magistère de Pierre. Le comité de rédaction veille à la maintenir dans cette lumière.

2 — « In dubiis libertas » : l’unité ne dit pas l’uniformité, mais une heureuse et harmonieuse diversité. Il est très possible d’imaginer dans la même revue une controverse entre différents rédacteurs, étant saufs les points 1 et 3 de ce paragraphe. L’esprit d’analogie et de finesse servira cet objectif. Ainsi, l’appartenance éventuelle à un mouvement politique ou syndical, quelle que soit la légitimité de cette forme de charité politique, doit s’effacer derrière la lumière de la doctrine sociale de l’Eglise. Analogiquement, la réflexion sur le sens et l’expression de la liturgie doit se nourrir d’aussi près que possible de l’intention du Magistère sur la question, et proscrire par conséquent toute polémique : l’approfondissement nécessaire de l’esprit de la liturgie prime sur les différentes possibilités d’expression et de pratique qu’offre la Sainte Eglise. Enfin, la revue, amie de bien des communautés, mouvements ou entreprises d’Eglise, n’est liée par aucun d’eux, mais par la charité, qui nourrit l’obéissance des rédacteurs à leurs ordinaires respectifs.

3 — « In omnibus caritas » : puisque l’unité des rédacteurs de Képhas est fondée sur la foi vive, celle-ci doit irriguer manifestement les rapports des rédacteurs entre eux, comme ceux qu’ils peuvent entretenir, de près ou de loin, avec d’autres revues ou des lecteurs. Ils constituent ainsi une communauté d’amitié au service de l’Eglise, ce qui doit marquer l’atmosphère de cette forme particulière d’apostolat de la vérité (cf. Eph 4, 15).

Un triple impératif dans le ton de la revue

1 — La véracité : elle suppose la droiture qui ne donne comme avéré que ce qui peut être établi avec certitude. Elle présente l’opinion comme telle et vérifie les faits. Cette exigence de vérité trouve sa source dans la nature de l’intelligence humaine, élevée par l’obéissance de la foi. Elle ne peut faire l’impasse sur la rigueur intellectuelle qui respecte autant l’autorité de la vérité que la qualité des lecteurs qui veulent grandir dans la vérité tout entière, non s’agglutiner à un parti, un mouvement ou une coterie. Ce sont les personnes qui doivent appartenir à la vérité, jusqu’à la « faire » (Jo 3, 21), donc en vivre, et non l’inverse. Képhas veut d’abord et essentiellement faire rayonner le visage du Christ, « Voie, Vérité et Vie », comme le premier « Magister » : « Non, ce n’est pas une formule qui nous sauvera, mais une Personne, et la certitude qu’elle nous inspire : Je suis avec vous! »10

2 — La qualité intellectuelle des interventions : elle se déduit aisément des réflexions précédentes. Il ne s’agit pas de produire une revue spécialisée, de type universitaire, avec l’appareil critique que comporte ce genre de publications, même si un certain nombre d’universitaires y collaborent effectivement. Il ne s’agit pas non plus de se cantonner à la seule information, fût-elle étayée de réflexions d’approfondissement. Des formes de participation à préciser (boîte aux lettres pour des questions par exemple) pourront tisser un lien entre les rédacteurs et les lecteurs.

3 — La joie et l’enthousiasme : « Un saint triste est un triste saint », soulignait le saint Patron des gens de plume. Le style de Kephas doit refléter, sans affectation, la joie, l’amitié, l’enthousiasme, la vraie liberté d’esprit et l’alacrité de bon aloi qui rendent la vérité aimable et préservent de la prétention ou de la cuistrerie. Cette tonalité générale sera sans doute la meilleure garantie de croissance et de pérennité de la revue. Des dessins à la plume aideront à faire passer cet esprit avec une touche d’humour.

Application de la charte

L’application de la charte repose d’abord sur la confiance et l’amitié fondées sur la foi vive commune. On comprendra que les articles puissent être soumis au comité de rédaction qui se réserve, le cas échéant, le droit de refuser ou de temporiser, sur la base de cette charte.


  1. Jean-Paul II, Lettre Encyclique Fides et Ratio, 14 septembre 1998, nº 44.
  2. Ibid, nº 56.
  3. Congr. pour la Doctrine de la Foi, Instruction sur la vocation ecclésiale du théologien, 24 mai 1990.
  4. Jean-Paul II, Lettre aux familles, 2 février 1994.
  5. Sainte Catherine de Sienne.
  6. Cf. Ch. Journet, L’Eglise sainte, mais non sans pécheurs, Parole et Silence, Saint-Maur 1999, p. 119 ss.
  7. Cf. Lettre Apostolique Novo Millennio ineunte, 6 janvier 2001, Chap. IV.
  8. Fides et Ratio, nº 48.
  9. Ibid, nº 92.
  10. Jean-Paul II, Lettre Apostolique Novo Millenio ineunte, 6 janvier 2001, nº 29.