Juillet–Septembre 2003

Magistère et théologie

Bertrand de Margerie s.j.

Cet article avait été demandé au R.P. Bertrand de Margerie pour un ouvrage collectif sur le Magistère, qui paraîtra aux éditions Ad solem au printemps 2004, et sur lequel nous reviendrons. Le 4 juillet dernier, le Père de Margerie est retourné à la maison du Père, discrètement, loin du brouhaha, surpris dans son activité pour aller rejoindre ce Christ qui en était la source et la fin.

La flamme qui se consumait quotidiennement au service du Christ et de l’Église, au service de la Vérité, s’est éteinte ici-bas pour rejoindre la Lumière du monde. Il fallait la voir danser dans ce regard pétillant d’une malice gentiment caustique, parfois jubilante, d’une intelligence sans cesse en mouvement, en même que d’une bonté tenace et imperturbable qui surmontait hardiment les aspérités de la vie.

Il laisse un travail inédit sur la compassion de Marie, qu’il voulait voir paraître dans Kephas, un premier extrait ayant déjà pris place dans le numéro 4 (Octobre–Décembre 2002, p. 79–94). La compassion de Marie, c’était sans doute, comme baptisé, la réalité qui lui tenait le plus à cœur et comme théologien, le thème qui lui était le plus cher, au terme d’une vie qui ne fut pas exempte de contrariétés multiples, mais qui resta marquée profondément par l’amour de l’Église, du sacerdoce et de son Ordre dont il avait hérité la rigueur de la vie religieuse et la puissance d’une érudition précise qui ne versait jamais dans la futilité.

Les lignes qui suivent, d’une brûlante actualité, disent mieux que tout ce qu’a été ce théologien pénétrant, apôtre infatigable du « sacrement de réconciliation pénitente ». On y sent aussi l’homme accompli, en qui la grâce du baptême avait couronné, pour ainsi dire, la qualité d’une éducation qui n’avait rien de suranné, mais qui permettait que s’épanouissent en parfaite harmonie l’exactitude de la politesse et du respect, la tranquille liberté de ton de ceux qui ne font pas acception des personnes, loin l’une et l’autre des contraintes serviles de la mode et du respect humain.

À l’heure où l’on a parfois furieusement tendance à s’appesantir sur soi-même, parfois jusqu’au dramatique, que le Père de Margerie soit remercié de nous avoir laissé, parmi bien d’autres richesses, l’image impérissable, la saveur inimitable de cet humour racé, jamais grinçant, qu’il cultivait très simplement comme un véritable art de vivre. Plus encore, c’était la fleur radieuse de sa foi, de son espérance, de sa charité, tendues vers « l’inamissible vision béatifique de la Joie divine » (cf. p. 21).

Bruno Le Pivain

Nous voulons ici, à la lumière notamment de l’Instruction Donum Veritatis (DV) (1990), complétée par la Lettre Apostolique Ad tuendam Fidem et par le Catéchisme de l’Église Catholique (CEC) (1992), examiner quelques questions relatives aux relations entre Magistère et Théologie.

Après avoir rappelé quelques notions concernant les missions respectives des théologiens et du Magistère, nous évoquerons les tentations qui guettent évêques et théologiens ainsi que les remèdes qui peuvent leur être opposés. Nous répondrons ensuite à des objections et dégagerons quelques conclusions sur la communion dans l’Église.

Missions respectives

Magistère et théologiens ont le même but : garder le Peuple de Dieu dans la vérité libératrice (DV 21). Les pasteurs approfondissent et explicitent la doctrine des apôtres et appliquent cette doctrine révélée. Les théologiens l’éclairent face aux instances de la raison. Ils lui donnent une forme organique et systématique, ce qui n’est pas le but des pasteurs. Autrement dit, les théologiens se soucient plus, au sein de la foi, du rôle de la raison et du devoir de l’inculturation (DV 10) tandis que les pasteurs doivent avant tout, en matière doctrinale, porter témoignage aux vérités révélées, les garder et les transmettre.

La patiente audace du théologien, dans l’offre des vérités nouvelles, s’accompagne de la disponibilité à modifier éventuellement ses propres opinions (DV 11). Alors que les théologiens doivent normalement s’efforcer de dégager des aspects nouveaux à partir des vérités anciennes, les pasteurs doivent plutôt manifester le caractère définitif de l’Alliance nouvelle et de la Révélation (DV 16).

Il y a une différence entre les vocations respectives des pasteurs et des maîtres en théologie : les premiers – mais non les seconds – bénéficient d’une assistance de l’Esprit tandis que les théologiens jouissent individuellement de charismes précieux de cet Esprit divin en vue d’aider le Magistère à proposer un enseignement conduisant à une meilleure intelligence de la Révélation en matière de foi et de mœurs (DV 17).

Le Catéchisme de l’Église Catholique distingue ainsi l’assistance de l’Esprit à l’Église et les charismes donnés à ses membres individuels :

– Les charismes sont des « grâces de l’Esprit Saint qui ont, directement ou indirectement, une utilité ecclésiale, ordonnés qu’ils sont à l’édification de l’Église, au bien des hommes et aux besoins du monde. » (CEC 799) ; « Aucun charisme ne dispense de la soumission aux pasteurs. » (CEC 801) ; les théologiens qui ont reçu la mission canonique d’enseigner au nom de l’Église reçoivent avec elle les charismes voulus pour aider l’Église par des lumières nouvelles (DV 22).

– Tandis que « l’assistance divine est donnée aux successeurs des apôtres enseignant en communion avec le successeur de Pierre (…), lorsque, sans arriver à une définition infaillible et sans se prononcer d’une manière définitive, ils proposent dans l’exercice du Magistère ordinaire – répétons-le – un enseignement qui conduit à une meilleure intelligence de la Révélation (…). À cet enseignement ordinaire les fidèles doivent donner l’assentiment religieux de leur esprit (distinct de l’assentiment de la foi mais le prolongeant) » (CEC 892), sous la mouvance de l’obéissance de la foi (DV 23).

Les théologiens, sans recevoir cette assistance, ne sont pas privés de charismes précieux, en vue de toute l’Église. Mais leurs charismes sont unis à la fois à la mission canonique et au sacrement de l’ordre reçu à un degré inférieur (quand ils sont prêtres) ou au sacrement de la confirmation (quand ils ne le sont pas), tandis que l’assistance donnée au pasteur est jointe au degré suprême du sacrement de l’ordre.

La mission ecclésiale propre des théologiens peut inclure un certain « devoir de représentation » face à de possibles déficiences dans l’exercice de la mission des pasteurs en matière réformable (DV 24, 2 et 3). Le jeu combiné des charismes des pasteurs et des théologiens au service de l’assistance de l’Esprit à l’Église provoque un dialogue fécond entre eux (DV 25). Assistance et charismes entraînent l’assentiment habituel aux déclarations prudentielles, non infaillibles, du Magistère.

Les tentations des pasteurs à l’égard des théologiens

L’histoire de l’Église ne permet pas de les ignorer. Elles résultent des conséquences du péché originel.

En premier lieu, les pasteurs peuvent connaître insuffisamment les pensées et les soucis des théologiens ainsi que leurs écrits dans les domaines qui importent à leurs Églises locales. D’une pareille ignorance résultent absence de dialogue et de communication, ainsi que la distance dans les relations personnelles. Un défaut en sens inverse peut l’accompagner : certains pasteurs peuvent vouloir défendre à tout prix devant les instances de l’Église universelle les théologiens de leur région ou diocèse. Dans les deux cas, ce n’est pas l’amour de la vérité qui l’emporte chez les pasteurs, mais cette Vérité finira toujours par triompher (DV 31).

Le pasteur peut aussi ne pas réfuter les erreurs courantes dans son diocèse. Ou s’en remettre trop facilement à la conférence épiscopale ou au Saint-Siège. Une certaine division du travail peut rendre ce procédé légitime – dans certaines limites ! Aujourd’hui, certains pasteurs pourraient être tentés de croire que le recours à la radio et à la télévision les dispense de s’adresser par écrit à leurs brebis. Ce serait méconnaître le fait que les paroles s’envolent, tandis que les écrits demeurent et exigent une expression et une préparation plus précises. L’évêque publiant une lettre pastorale engage plus son autorité doctrinale. Il parle au nom du Christ (cf. LG 25), ce qui n’est pas toujours évident quand il s’exprime à la radio ou à la télévision.

Ce genre d’abdication doctrinale rejaillit sur les théologiens locaux soit en les mettant en une situation embarrassante, soit en les incitant indirectement à vouloir se substituer au docteur défaillant dont ils n’ont pourtant pas le charisme. Bref, l’évêque local peut manquer à la charité en matière de doctrine à l’égard de son diocèse. Comment ne pas citer l’exemple de certains évêques anglais et allemands lors du temps de la genèse du protestantisme ?

L’Église, suivant le Concile Vatican II, doit se réformer elle-même perpétuellement. Le sacrement de réconciliation pénitente est le sacrement de la perpétuelle réforme de l’Église ; et notamment de la perpétuelle réforme des consciences épiscopales, menacées de déformations par suite des conséquences du péché originel, mais toujours invitées – par les grâces sacramentelles de l’épiscopat – à se conformer au Christ Vérité, à se laisser transformer en Lui par l’eucharistie. Les grâces sacramentelles de la pénitence, de la confirmation et de l’eucharistie invitent les pasteurs à se soucier de l’enrichissement biblique et patristique des documents de leur Magistère et par suite au recours en ce sens aux théologiens.

Le recours aux théologiens de la part des évêques semble souvent exigé par la charité pastorale, non seulement à l’égard de leurs propres diocésains, mais encore à l’égard de l’Église universelle, puisque « dans chaque grand territoire socio-culturel une réflexion théologique doit être encouragée, par laquelle les faits et paroles révélés par Dieu (…) seront soumis à un nouvel examen » (Ad gentes, 22).

Les tentations des théologiens

Si l’assentiment au Magistère est leur grand devoir, le dissentiment est leur tentation.

Quelle est la nature de ce dissentiment ? En résumant ce qu’en dit l’Instruction sur le Don de la Vérité, on pourrait dire qu’il signifie et réalise une sécularisation de la théologie, soit en refusant l’obligatoire adhésion aux enseignements non infaillibles de l’Église, soit en adoptant une attitude de contestation systématique de son Magistère. Ce dissentiment ne reconnaît pas l’assistance permanente de l’Esprit à la hiérarchie de l’Église. Il la voit comme il voit les sociétés politiques. Sa tendance serait de remplacer le Magistère divinement institué par un magistère parallèle et suprême de la conscience personnelle, soulignant l’aspect scientifique de la théologie (DV 33–36).

Le dissentiment se modèle sur le monde présent (Rm 12, 2) ; il prétend s’appuyer sur la liberté de l’acte de foi, sur l’opinion publique, sur le « sensus fidelium » et sur le devoir de suivre sa conscience.

Il oublie que la conscience n’est pas une faculté indépendante et infaillible, mais est orientée vers un jugement moral (éclairé par la foi) quand elle est droite et suppose une volonté poursuivant le vrai bien. Souvent, les opinions des fidèles ne sont pas le « sensus fidelium », don surnaturel de la foi, guidé par les pasteurs. La liberté de l’acte de foi ne signifie pas liberté à l’égard de la vérité, mais une libre détermination de la personne, conformément à son obligation d’accueillir volontairement la vérité (DV 32 ss).

Ce dissentiment correspond à la revendication protestante du libre examen (DV 38). La part de vérité qu’il présuppose est la reconnaissance du fait d’une légitime pluralité de théologies au sein de l’unité de l’Église et de sa foi comme de son Magistère. Les vérités qu’enseigne l’Église ne se contredisent pas. Les différentes théologies (thomiste, franciscaine, patristiques, monastiques, etc.) se situent dans la communion de la foi de l’unique Église. L’attitude systématique de contestation de la part d’un théologien, après son acceptation de la mission canonique de transmettre la foi de l’Église, contredirait le droit des fidèles à recevoir de sa part l’authentique enseignement qu’elle leur doit.

Limites, objections et réponses sur les charismes et les droits

S’il est vrai qu’aucun théologien particulier, si doué soit-il, et qu’aucun groupe de théologiens, même prestigieux, ne jouit d’un droit à être consulté par un pasteur ou par un groupe de pasteurs (une conférence épiscopale, par exemple), les pasteurs faillibles risqueront moins de pécher par omission en consultant largement les théologiens.

L’Esprit soucieux d’assister l’Église y poussera les pasteurs. Les théologiens se corrigent et se complètent mutuellement. Les pasteurs ne courent pas un risque particulier en consultant des théologiens ayant déjà donné des signes de volonté de communion avec l’Église hiérarchique. Ils courraient plutôt des risques en s’abstenant systématiquement de demander leurs avis. Cette demande constitue une reconnaissance concrète et de leurs charismes et de l’Esprit, âme de l’Église, qui agit en eux et par eux.

L’Esprit, nous dit l’auteur de l’Apocalypse (ch. 2 et 3), parle aux Églises, c’est-à-dire notamment à leurs pasteurs – y compris par les saints théologiens (LG 49 ss). Les historiens et les penseurs peuvent aider l’Église à mieux saisir les connexions entre faits ecclésiaux et actuels d’une part, et, de l’autre, principes sur lesquels portent les jugements des pasteurs.

La plupart des jugements que doit prononcer le Magistère concernent, aujourd’hui, la théologie morale et plus précisément les problèmes éthiques qui résultent du développement industriel ou scientifique. Ils concernent moins qu’autrefois, pendant le premier millénaire, des questions spéculatives, relatives aux mystères chrétiens. Ils sont moins relatifs à une société rurale. Il faut reconnaître que les auteurs bibliques, les Pères, les grands docteurs médiévaux n’apportent, pour ce qui concerne leurs déclarations explicites, qu’un secours limité à la solution des problèmes éthiques de notre société actuelle. Mais il n’en va pas de même pour ce qui se rapporte aux principes. Les théologiens soucieux d’histoire, ou pourvus des richesses du patrimoine de la philosophie chrétienne, peuvent aider les pasteurs en vue de l’approfondissement des problèmes de théologie morale que se pose notre société ; ils peuvent aussi les aider, quand c’est le cas, à un enrichissement biblique, patristique, monastique et philosophique de leurs jugements et déclarations.

Contrairement à ce que d’aucuns pensent, le respect des droits de l’homme, en particulier des théologiens, ne s’oppose pas à une intervention du Magistère. Il peut être amené, au terme d’un examen approfondi des écrits d’un théologien et en vue de défendre les droits du Peuple de Dieu, à recevoir le message de l’Église dans sa pureté et son intégralité, et après que le théologien aura pu dissiper des malentendus sur sa pensée et aura donc exercé son droit de défense, à lui retirer sa mission d’enseigner. Ou bien encore, à déclarer certains écrits d’un théologien non conformes à la doctrine de l’Église. Pareilles mesures ne portent pas sur la personne du théologien, mais sur ses positions intellectuelles publiquement exposées.

Le pape Benoît XIV, tout en réitérant les droits du Magistère, avait, en 1753, dans sa constitution Sollicita ac Provida (§ 9 et 10), souligné les droits du théologien à sa réputation et à un jugement équitable. Le règlement récent de 1997 reprend ce point. À cette date, le Saint-Siège a ainsi précisé la procédure et les droits de la défense (DC, 1997, 819–821). L’écrit controversé est examiné par diverses instances en vue d’éviter tout jugement précipité et de faciliter l’objectivité. Un « rapporteur en faveur de l’auteur » est nommé. Il doit souligner les aspects positifs de l’écrit en question. La responsabilité de l’Ordinaire de l’auteur est engagée. Il est le gardien de la foi dans son diocèse. L’auteur peut, avec l’accord de son Ordinaire, choisir un conseiller qui puisse défendre sa position.

La procédure reflète donc une intention de dialogue et de recherche de consensus. Elle est, observe le P. Cottier, une invitation à tout théologien examiné à s’associer au ministère de la vérité : forme éminente de la charité pastorale de l’Église.

Dans le mystère de l’Église, sous le souffle de l’Esprit, sont reconnus à la fois les droits du Peuple de Dieu, des théologiens qui en sont membres et des pasteurs qui doivent protéger la foi de ce Peuple de Dieu (DV 36–37).

Magistère ordinaire et extraordinaire

La Congrégation de la Doctrine de la Foi rappelle (DC 1998, 654) que « des vérités ayant trait au domaine dogmatique ou moral, nécessaires pour garder le dépôt de la foi, (…) peuvent être enseignées infailliblement par le Magistère ordinaire et universel de l’Église comme sententia definitive tenenda. Tout croyant est tenu à accorder à ces vérités son assentiment ferme et définitif, fondé sur la foi dans l’assistance que l’Esprit Saint prête au Magistère de l’Église et sur la doctrine catholique de l’infaillibilité du Magistère dans ces domaines ».

On objecte que le magistère pontifical ordinaire « n’existe ni à Vatican I ni à Vatican II » et (seconde « nouveauté ») que le pape, « pour déclarer qu’un point appartient de manière définitive et infailliblement à la doctrine de l’Église, n’a plus besoin de recourir à une définition solennelle. Il suffit qu’il réaffirme et confirme qu’une doctrine a été et est enseignée de manière définitive et infaillible par le Magistère ordinaire et universel ».

Répondons à ces objections avec I. Salaverri : « Le Souverain Pontife jouit de l’infaillibilité dont le Rédempteur a voulu pourvoir son Église. Suivant Vatican I, elle s’exerce de manière ordinaire et extraordinaire. » Il faut donc admettre que le Pontife Romain peut l’exercer de ces deux manières. De plus, il a dans l’Église toute la « plénitude du pouvoir suprême ». Par conséquent, il jouit de ce pouvoir même de manière ordinaire (DS 3074 ; 3064 ; LG 18). Autrement il faudrait conclure que le pouvoir suprême d’infaillibilité, du moins dans le mode selon lequel il est exercé, est plus restreint que dans l’Église, ce qu’on ne peut admettre ; car dans l’Église le Pontife Romain jouit sans aucune limitation de toute la plénitude du pouvoir suprême (DS 3064 ; LG 18).

De plus, le Pontife Romain, pour exercer son infaillibilité en matière de foi et de mœurs, quand il propose une doctrine à croire ou à tenir, peut recourir infailliblement à son Magistère ordinaire à partir de son intention manifeste d’obliger tous les fidèles à un assentiment absolu.

Un exemple remarquable de cet exercice infaillible de ce Magistère ordinaire et universel de la part du pape est constitué par la lettre Ordinatio Sacerdotalis en 1994, selon laquelle l’ordination sacerdotale est réservée aux hommes.

« Le Souverain Pontife, ajoute le communiqué de la Congrégation de la Doctrine de la Foi, en date du 29 juin 1998, tout en ne voulant pas arriver jusqu’à une définition dogmatique, a eu l’intention de réaffirmer qu’il faut considérer cette doctrine comme définitive, dans la mesure où, fondée sur la parole de Dieu écrite, elle est transmise constamment par la Tradition de l’Église et enseignée par le Magistère ordinaire et universel. Il n’empêche pas que, comme le démontre l’exemple précédent (sur l’infaillibilité du pape), la conscience de l’Église puisse progresser dans le futur au point de définir cette doctrine comme divinement révélée. »

Conclusion – De quelques points à approfondir en vue de faciliter les relations entre théologiens et Magistère

Dans son cheminement vers la plénitude eschatologique de la Vérité, les membres du Peuple de Dieu ont à leur disposition le sacrement de réconciliation pénitente comme signe efficace de la réforme permanente de l’Église universelle. Il constitue une aide puissante leur permettant d’opérer conjointement cette réforme permanente à laquelle ils sont tous obligés : évêques, théologiens, simples fidèles, sous l’action et en dépendance du Christ, réformateur indéfectible de son Église.

La Nouvelle Alliance n’est pas seulement nouvelle, dépassant l’Ancienne par des institutions définitives et par des certitudes destinées à ne jamais passer, mais encore éternelle, conduisant par ses sacrements à l’inamissible vision béatifique de la Joie divine.

Cette Alliance éternelle inclut en sa plénitude les alliances successives qui marquèrent l’ancienne et première Alliance, comme les théologies diverses qui ont caractérisé et caractérisent encore l’Église terrestre.

Le Magistère indéfectible de l’Église les juge et, quand il le peut, les retient et les approuve en vue de faciliter l’accès des fidèles à cette béatitude en laquelle il n’y aura pas d’autre Maître et d’autre théologien que le Logos incarné, le Christ Jésus, Rédempteur et Sauveur de tous les pasteurs et de tous les théologiens. C’est sous sa Lumière incessante et finale qu’ils sont destinés à s’entendre ici-bas dans l’amour de la Vérité et pour transmettre « ce qui doit être tenu toujours, partout et par tous », en tant que cela appartient au dépôt de la foi (Vincent de Lérins).