Juillet–Septembre 2003

L’Église, pierres levées vers le ciel

Dominique Audrerie*

« La pierre qu’ont rejeté les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle. » (Psaume 127)

L’Église, signe dans l’espace

L’architecture sacrée matérialise la venue de Dieu parmi les hommes. Elle témoigne de cette présence par le jeu des formes et l’appel de la lumière. Par l’assemblage des pierres arrachées à la terre et levées vers le ciel, elle célèbre les mystères de l’univers.

De la grande cathédrale à l’humble chapelle des champs, de la fière pyramide au grossier mégalithe, c’est une même réalité, un même élan, qui a conduit, de siècle en siècle, la main des bâtisseurs de la Jérusalem terrestre.

À l’heure où tout semble sombrer dans l’oubli, retrouver le sens de ces lieux doit aider l’homme d’aujourd’hui à renouer avec la longue chaîne du temps, à comprendre cette obsession toujours manifestée de donner une place, la première, à l’Emmanuel, Dieu parmi les hommes.

Placée au centre du village ou de la ville, l’église rassemble autour d’elle les maisons, les commerces, les échoppes des artisans. Elle est l’image d’une société ancrée dans un terroir. Elle marque chaque étape de la vie. Ce n’est pas sans raison que la plupart des églises sont l’objet de l’attention répétée de tous, croyants ou non : l’église identifie un lieu, en rappelant son histoire prestigieuse ou plus humble.


L’Église, lieu de la rencontre

Dans l’Ancien Testament, le Temple de Jérusalem tient une grande place. C’est le seul lieu où l’on peut légitimement offrir des sacrifices à Dieu. C’est aussi le seul lieu de la présence de Dieu, dans le Saint des Saints ; précédé de plusieurs parvis pour bien marquer la sainteté de ce lieu, le grand prêtre y pénétrait une fois l’an.

Afin de se procurer des animaux pour les sacrifices, il y avait des vendeurs et, comme seule la monnaie du Temple était admise pour les offrandes, la présence de changeurs s’imposait.

Lorsque Jésus se met à bousculer et à chasser tous ces gens, les disciples ne comprennent pas. Ce n’est qu’après la Résurrection qu’ils pourront saisir le sens profond de ce geste qui était prophétique. Jésus n’a nulle envie de mettre en cause le culte rendu à Dieu dans le Temple. Il dénonce le trafic, c’est à dire la corruption.

Mais il y a plus. Jésus annonce qu’Il est, lui, le nouveau Temple de Dieu, la nouvelle Maison de Dieu. Le Temple de pierre de Jérusalem n’a plus sa raison d’être. Au moment de la Passion, les bourreaux frapperont son corps, le détruiront, mais en trois jours, Dieu le relèvera d’entre les morts.

En jetant à terre la monnaie des changeurs et des marchands d’agneaux et de colombes, Jésus annonce qu’aux jours de Pâques, Il sera lui, la nouvelle Maison de Dieu, la victime d’un trafic vraiment indigne, puisqu’il sera vendu pour trente pièces d’argent, que Judas viendra répandre dans le Temple, le souillant de façon définitive.

Dans la tradition chrétienne, l’église est réellement le lieu de la rencontre. Elle n’est plus, comme dans l’Ancien Testament, réservée au seul grand prêtre. Elle est ouverte à tout homme. Elle invite, seul ou en communauté, c’est à dire en Église, à célébrer Dieu, Père, Fils et Esprit. Elle est le signe quotidien de cette proximité, renouvelée à chaque instant. Au jour de Pâques, le Christ annonce qu’Il est, lui, le nouveau Temple de Dieu, fait de pierres vivantes, l’ensemble des baptisés. L’église manifeste visiblement cette invitation permanente à l’Unique Rencontre.


L’Église, lieu d’initiation

Par la Résurrection, le Temple de Dieu est relevé. Ce Corps, qui a été brisé, est offert sous le signe du pain, reçu à la Communion. Le Sang, qui a été versé, est donné comme le signe du salut.

Chaque baptisé est initié dans une vie nouvelle. Il est à son tour un nouveau Temple de Dieu, la Maison où il aime résider.

« Frères, maintenant, dans le Christ Jésus, vous n’êtes plus des étrangers, ni des gens de passage, vous êtes membres du peuple saint, membres de la famille de Dieu, car vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondations les apôtres et les prophètes ; et la pierre angulaire, c’est le Christ Jésus lui-même. En lui, toute construction s’élève harmonieusement pour devenir un temple saint dans le Seigneur. En lui, vous êtes aussi des éléments de la construction pour devenir par l’Esprit Saint la demeure de Dieu. » (Ephésiens 2, 13–14)

Dans l’église où se renouvelle l’Unique Sacrifice, Dieu se fait présent : Il habite parmi nous.


Aimons nos églises. Sachons prendre le temps d’une halte dans ces lieux séculaires, si riches de sens, chargés de la prière des générations passées. Elles sont des pierres levées par les hommes de tous les temps vers le Ciel.

* Docteur en droit de l’environnement, avocat à la Cour d’Appel de Paris et maître de conférences associé à l’Université Montesquieu-Bordeaux IV. Auteur d’ouvrages et d’articles sur le droit et l’histoire, notamment de deux « Que sais-je ? » : Notion et protection du patrimoine (1997) et, en collaboration, Le patrimoine mondial (1998), ainsi qu’aux éditions Confluences, Questions sur le patrimoine et Petit vocabulaire du patrimoine culturel et naturel (2003).